Dans la tête d’un étudiant infirmier.

Quand j’ai réussi mon concours d’entrée en IFSI il y a un an, je me voyais comme ça une fois diplômé:

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Mais il faut bien faire face à un éternel retour du concret quand on reprend les études à 22 ans après une faculté d’économie ratée (arrêt en L2, pas la vocation surement). Si bien que les études en IFSI m’ont plutôt fait ressembler à ça:

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Vous serez peut-être surpris par le ton provocateur de certaines de mes déclarations mais n’oubliez pas que ce blog est mon espace personnel d’expression. J’utilise souvent le second degré et le cynisme dans la vie de tous les jours donc mes articles ne risquent pas d’y échapper.

La seule règle: (faut bien qu’il y en ait):

  • Dans les commentaires: Pas de langage SMS, pas d’insultes, de propos racistes, pas de publicité, toussa toussa.

Sur ce, bonne lecture.


Stage au SDIS

J’avais évoqué précédemment que mon premier stage de semestre 6 se déroulerait au Service Départemental d’Incendie et de Secours.
Chez les pompiers quoi. Vous savez, les gars qui filent des complexes à tous ceux qui n’ont pas d’abdos taillés à la serpe et qui ne sauvent pas des vies tous les jours.

Je vais commencer par expliquer le déroulement et le contexte:

J’avais formulé le souhait d’effectuer mon deuxième stage de troisième année au SDIS plutôt que dans un service d’urgence (c’est le même type de stage). Pour une fois qu’on écoute ce que je demande!
Le SDIS en lui-même comprend une structure qui s’appelle le Service de Santé et de Secours Médical. C’est l’organe interne qui s’occupe de pourvoir les moyens nécessaires à:- La prise en charge médicale urgente des victimes.
– La médecine du travail des sapeurs pompiers volontaires et professionnels.
– La coopération entre sapeurs pompiers et infirmiers dans le cadre notamment du soutien sanitaire opérationnel

C’est un résumé extrêmement rapide mais je pense que vous avez saisi l’idée: C’est le fief médical au sein des pompiers. Dans les faits c’est extrêmement complexe: Il y a aussi tous les moyens relatifs à la zootechnie, la communication, la santé publique, les aspects spécifiques de la pharmacie etc…

Infirmier au SSSM kézako?

L’infirmier pompier peut-être volontaire ou professionnel. Il intervient sur 4 volets principaux:
– La participation à l’aide médicale urgente (AMU) dans un véhicule que l’on appelle VSM (véhicule de secours médical), conduit par un chauffeur sapeur pompier professionnel. Ou bien sur l’hélicoptère en collaboration avec un médecin du SAMU, un pilote et un machiniste.
– La gestion de ce qu’on appelle la VMA (visite médicale d’aptitude): L’infirmier réalise une visite, puis le médecin réalise une contrevisite, où il vérifie les éléments recueillis et intervient sur sa partie médicale.
– La participation à ce qu’on appelle le SSO (soutien sanitaire opérationnel.
– La régulation des moyens infirmiers (officier santé).

Mon paquetage pour une garde VSM. Et oui, un ballon de foot! Faut bien s’entrainer!

Chacun d’eux vaut bien une petite explication:

AMU: L’aide médicale urgente. L’infirmier chez les pompiers est un moyen autonome quand il est « protocolé ». Cela signifie que les officiers supérieurs l’ont estimé apte à analyser et appliquer les protocoles validés par le SSSM. Ces protocoles sont nombreux et vont de la prise en charge de la douleur à la détresse respiratoire, en passant par la parturiente ou l’infarctus du myocarde. C’est très vaste, je crois qu’enfant et adulte confondus, il y a une quarantaine de protocoles.
Le VSM est checklisté à chaque début de garde: Dotation en thérapeutiques, matériel (et fonctionnalité ++). Les départs sont assez nombreux: J’en faisais une dizaine en moyenne par garde de 12h.
Une intervention se déroule comme ceci: L’officier santé (je vais expliquer son rôle ensuite) et lui seul déploie les moyens infirmiers en fonction des appels passés au Centre de Traitement de l’Alerte (CTA). Certains départs sont ce qu’on appelle « réflexes ». Cela signifie que sur certains motifs de départs, il y aura obligatoirement un VSM ou un SAMU déclenché: La douleur thoracique par exemple, pour éviter de passer à côté d’un IDM, on préfère déclencher immédiatement le moyen. L’infirmier une fois sur le lieu d’intervention doit réaliser un bilan de situation, soit en menant l’investigation lui-même sinon en récupérant les informations auprès des pompiers déjà présents. Si la situation rentre dans ce qu’on appelle un critère décisionnel, le protocole est déclenché. Par exemple, une EVA à 10 avec signes évidents de douleur intense, le critère décisionnel pour enclencher une administration de morphine est respecté. L’infirmier transmet ensuite son bilan au SAMU qui décide des suites à donner: Transfert sur un service d’urgence ou non. L’infirmier peut choisir d’accompagner la victime avec les pompiers s’il estime cela nécessaire. Cela dépend de la situation et du jugement de l’infirmier.
La garde VSM n’accuse aucune routine. Il y a des situations très aisément « tranchées », comme une hypoglycémie par exemple. Mais il y a des situation très compliquées: Une douleur thoracique chez une personne extrêmement stressée par exemple. Il est difficile de diagnostiquer, le SAMU met parfois du temps à arriver, la communication peut-être difficile tant les personnes sont inquiètes et impressionnées. Il faut alors des trésors de sang froid pour ne pas paniquer, gérer les choses une par une (parce qu’il y en a beaucoup), transmettre son bilan en même temps…

VMA: La visite médicale urgente. L’infirmier réalise donc la première partie de la visite médicale: Il reçoit le pompier dans un bureau et réalise un premier entretien: Contexte de la visite, état des vaccinations, spécialité éventuelle du pompier, condition générale, statut familial pour le dossier, médecin traitant, traitements suivis éventuellement, taille, poids, ECG, spirométrie (VO2MAX), test auditif et visuel d’aptitude. Enfin, analyse d’urine. C’est une simple BU, pas d’analyse de toxiques. Le but est de diagnostiquer une éventuelle protéinurie pour orienter le médecin vers une éventuelle insuffisance rénale (ça m’est arrivé d’avoir 3 croix de prot et qu’on le détecte comme ça). On recherche également des hématuries ou une infection. C’est également l’occasion d’évaluer l’état psychologique du pompier. Si les VMA n’amusent pas forcément tous les infirmiers, c’est pourtant primordial. Sapeur pompier est un métier dangereux, chronophage, difficile à concilier avec une vie familiale rangée. Les impératifs en terme d’image et de compétition rendent difficile des diagnostics de troubles pourtant très graves. Des comportements addictifs, des syndromes dépressifs ou de gros dysfonctionnement de l’appareil moteurs son donc parfois dissimulés (certains cachent des entorses pour ne pas être arrêtés). Vous comprenez où je veux en venir. L’infirmier étant présent dans les casernes et pendant les interventions, il a la confiance des sapeurs pompiers et est à même de détecter les problèmes éventuels. Cette confiance permet le dialogue qui est la base de tout. Le médecin n’a pas cette proximité malheureusement (même s’il le voudrait bien).

Un véhicule de secours médical

 

Le SSO: Le soutien sanitaire opérationnel consiste sur une intervention hors du contexte d’AMU (feu par exemple)  à accompagner les pompiers déployés et à veiller à leur sécurité. La déshydratation, les brulures de peau et de muqueuse, les hypoglycémies, les intoxications au dioxyde de carbone, les chutes… sont choses courantes, l’infirmier peut alors intervenir. Il est également à même de prendre en charge les victimes une fois dégagées et mises en sécurité par les sapeurs pompiers. Cependant, il doit toujours y avoir un VSM disponible sur les lieux pour prendre en charge à tout moment les pompiers si besoin. Un VSM supplémentaire peut-être envoyé en renfort pour les victimes. La situation et les moyens pompiers déclenchés constituent une mesure pour savoir combien de VSM il faut déclencher (en dessous de 15 pompiers, un VSM sera suffisant par exemple, je dis n’importe quoi mais les barêmes sont faits comme cela dans l’idée).
On pourrait croire que l’infirmier se tourne les pouces dans son véhicule pendant que les SP sont au feu mais non. L’infirmier doit rendre régulièrement compte au médecin du SAMU de la situation, collaborer avec l’officier santé pour adapter les besoins aux ressources, observer, analyser, aller à la rencontre des personnes sur le terrain pour connaître les possibilités d’établir un centre de secours sur place en cas de besoin, y a t-il des bâtiments sensibles à proximité? Y a t-il des ressources médicales à proximité? Une infirmière scolaire, une libérale?
Enfin, il doit scruter le travail des pompiers avec attention. Non pas que le Commandant des Opération de Secours se fiche de la sécurité de ses hommes mais il a beaucoup de choses à gérer. Il n’a peut-être pas vu le pompier qui est engagé sur un feu depuis plus de 30 minutes et qui montre d’importants signes de fatigue. C’est à l’infirmier de se rapprocher du chef de groupe pour suggérer de relever ce pompier. Ce dernier pourra ainsi être examiné, réhydraté…
Le SSO nécessite beaucoup de compétences: Observation, analyse, communication, notions de cinétique, d’aménagement urbain, de physique des corps… Pour ne pas être perdu sur un exercice de feu de centrale, je vous garantis qu’il vaut mieux ne pas être réticent à la chose pour comprendre ce qu’il se passe et ne pas être un boulet.

Sapeurs pompiers sur un exercice de feu de bâtiment.

L’officier santé: Il est le cerveau du SSSM sur le département. Il doit connaître à tout moment l’état des moyens infirmiers et les déployer avec pertinence. Chercher les infos, anticiper les situations, faire remonter aux responsables les problèmes du terrain…
Il a pour cela un poste informatique assez sophistiqué au Centre de Traitement de l’Alerte.

Mon ressenti:

Ce stage, exigeant physiquement, psychologiquement et parfois techniquement, m’a beaucoup marqué. J’ai eu l’occasion d’apprendre énormément de choses. Le projet d’encadrement était comme l’ensemble du SDIS: au cordeau. Toutes leurs procédures sont rodées, régulièrement évaluées et adaptées. Aussi, j’ai été très bien encadré, accompagné. On a pris la peine de m’accueillir toute une journée, de me donner beaucoup de documentations (protocoles, présentation de la structure, fonctionnement…), un badge, tout le matériel nécessaire (un sacré paquetage, voiture obligatoire). Mais aussi et surtout, j’ai été considéré comme étant professionnel sur les interventions. Le projet d’encadrement prévoyait de me faire voir l’ensemble de la structure du SSSM, y compris la pharmacie et toute la logistique médico-secouriste. De plus, je ne suis pas resté qu’avec les infirmiers, j’ai pu aussi effectuer des gardes avec les sapeurs pompiers en Véhicule de Secours et D’Assistance aux Victimes. J’étais intégré à deux équipages afin de pouvoir faire le plus de sorties possible. J’étais intégré à la vie de la caserne: Corvées, sport (DUR! J’étais loin d’avoir leur niveau, mais ils ont apprécié que je les suive). Mon tuteur de stage, le cadre de groupement, était très à l’écoute.
J’ai su apprécier et retirer des choses dans tout ce que j’ai fait dans ce stage, en intervention comme en caserne ou en visite médicale. Les échanges avec les pompiers étaient très intéressants. Leur expertise opérationnelle m’a donné des clés précieuses pour la suite  de ma jeun carrière. Face à une urgence, je sais que je ne serai pas déstabilisé, car je saurais comment réagir et gérer mon stress. J’ai également appris à gérer la coopération avec plusieurs acteurs très différents et à élargir mon regard sur une situation.

Cependant, je ne suis pas pompier, psychologiquement parlant. J’ai trop besoin d’étayer quelqu’un, de l’accompagner. Le stabiliser et passer la main est le seul objectif chez les pompiers et j’ai du mal. Cette objectif conditionne également les esprits dans un certain sens. De même que la difficulté des situations vécues et l’esprit très compétitif du milieu pompier. Or, je suis quelqu’un d’assez sensible, d’un peu « gentillet ». Un équipage pompier m’appelait « l’assistante sociale » pour rigoler (avec bienveillance). J’ai besoin d’apporter de l’étayage et de l’écoute.
Les interventions étaient nombreuses, je pourrais partager beaucoup d’anecdotes. Poignantes, tristes ou encore marrantes, mais le but était de parler du stage en lui-même. Je ferais peut-être un article sur les interventions marquantes.

En attendant, très bon stage, très intéressant, avec des professionnels compétents, à l’écoute, et très pédagogues.

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Bah oui, des fois on glande.

 Merci à tous les sapeurs pompiers professionnels et volontaires de m’avoir fait confiance et accueillis au SDIS. Vous êtes un corps d’élite et pour avoir partagé pendant quelques instants votre difficile quotidien, je vous respecte sincèrement.


Sur la route du pénitencier

J’ai effectué mon premier stage de 3ème année en psychiatrie carcérale, en unité hospitalière spécialement aménagée. Pendant 10 semaines, j’ai pu comprendre le fonctionnement de ce lieu d’exercice du métier, son organisation, ses intervenants, ses objectifs et tutti cuanti.

Ceux qui me suivent un peu (pas nombreux mais je vous aime d’autant plus) ont apprécié mon billet sur la psychiatrie. J’annonce direct que dans ce post, je vais retourner ma veste intégralement par rapport à ce que j’avais laissé entendre dans le billet en question. Oui, maintenant la psy ça me plait.

L’UHSA (unité hospitalière spécialement aménagée) est à la fois un hôpital, et un lieu de détention. N’y sont soignés que des patients présentant des troubles de la sphère psychologique (au moins, mais il peut y avoir des maladies associées bien sûr), et étant sous « main de justice ». C’est à dire privés de liberté, condamné (une peine a été prononcée à l’encontre de la personne) ou prévenu (placé en détention provisoire dans l’attente de son jugement). Cependant, on parle bien de « patients » dans cette unité, non de « détenus ». Dans cette structure, les professionnels de santé sont autonomes dans les unités de soin après avoir franchi 4 rideaux de sécurité. Concernant les mouvements de patients, les transports, le courrier, les instructions de dossier, la sécurité en général c’est l’administration pénitentiaire qui s’en occupe. Les soignants doivent en permanence porter un dispositif d’appel d’urgence (qui permet également de communiquer, sur la fréquence générale ou la fréquence « pénitenciaire ») ainsi qu’un jeu de clés pour évoluer dans l’unité et avoir accès aux chambres.
Je vous aurais bien fait un plan du service mais ça doit relever du délit, alors je vais m’abstenir.

La psychiatrie:

Les détenus sont une population en grande demande de soin, en particulier de soin psychiatrique. Que ça soit la dépression, les troubles de l’humeur, la schizophrénie, les troubles bipolaires… ils sont très présents dans le milieu carcéral et nécessitent une prise en soin adaptée. Ainsi, le service vient combler une partie de cette demande en proposant des hospitalisations complètes à ces personnes incarcérées. Administration de NAP, de traitements per os, entretiens médico-infirmiers, entretiens d’aide, éducation thérapeutique, médiation thérapeutique interdisciplinaire, projets de socialisation, activités thérapeutiques individuelles ou en groupe… Toutes ces choses font partie d’un objectif clair: Réadapter ces personnes au circuit carcéral conventionnel ou les préparer au retour à la liberté en anticipant les démarches du SPIP (l’organe chargé du suivi des personnes libérées).

Le rôle infirmier dans ce type de structure est forcément un peu particulier. Je vais essayer d’en tracer les contours en vous expliquant comment fonctionnait l’unité où j’étais.
L’UHSA était séparée en 3 unités distinctes: A, B et C. Les C et B sont des unités « de crise ». Les sorties sont donc restreintes, individuelles ou en groupe (généralement, sorties clopes). Avec une unité de 21 lits, ça prend beaucoup de temps rien que de faire ça. Chaque unité comporte un Espace de Soins Intensifs Psychiatriques (auparavant appelé la cellule d’isolement, le frigo, le mitard, le trou…)
L’unité A est l’unité de sortie. Elle fonctionne de façon semi-ouverte: Le matin et l’après-midi, en dehors des distributions de traitement et des repas, les patients sont autorisés à récupérer les clés de leurs chambres et sont libres d’aller et venir dans le service comme ils le veulent. Il y a une petite cour où ils peuvent fumer, discuter. Il y a un petit foyer où ils peuvent regarder la télévision ensemble ou jouer à des jeux. Ils peuvent aussi choisir de s’isoler dans leur chambre. Ces privilèges peuvent être limités en fonction de l’état clinique du patient. Tout ceci fait partie d’un contrat passé entre le patient et l’équipe soignante, au moment de l’entretien d’accueil.
Les infirmiers ont donc plusieurs rôles: Animer en collaboration des groupes thérapeutiques, préparer les traitements, surveiller leur prise, réaliser de l’éducation thérapeutique, organiser des entretiens d’aide, participer aux entretiens médico-infirmiers, rédiger des anamnèses en vue des réunions cliniques… Et toutes les tâches annexes: Pharmacie, dispositifs médicaux…

Qu’est ce qui m’a fait changer d’avis?

Calme toi, il y a des choses que je pensais et que je pense toujours, qui feront sans doute l’objet d’un article. Quoi qu’il en soit, j’ai revu mon jugement sur la prise en soin en psychiatrie. Avant, je subissais. Je ne me voyais pas comme un acteur de la prise en soin, sans doute car mon premier stage en psychiatrie était le premier, et en tant que tel, j’avais du mal à me positionner comme membre de l’équipe soignante. J’ai pu le faire dans ce stage car j’avais ma place: J’étais certes étudiant infirmier, mais j’étais garant du cadre de soin, je devais le faire respecter, je pouvais animer des groupes (le sport notamment, j’ai adoré faire ça), j’étais autonome dans la préparation des traitements, la retranscription des entretiens infirmiers ou médico-infirmiers…
Et tout cela m’a permis de me dire qu’IDE en psy, oui, j’en avais les capacités, et j’aimais le faire. J’ai certaines qualités à faire valoir en psychiatrie: J’aime analyser les choses, jusqu’au bout, sans psychologiser à outrance. Elaborer, formuler des hypothèses, faire des liens, faire avancer un diagnostic, proposer mon point de vue en réunion clinique, ben j’adore ça.

Le positionnement professionnel.

Soyons clairs: Il faut énormément de recul sur les choses pour parvenir à exercer dans ce genre de structure. Certains patients ont commis des crimes graves, des meurtres, des viols… la question que l’on se pose quand on est stagiaire à l’UHSA c’est « suis-je capable de rester soignant, bien que je connaisse ce qu’ils ont fait? ». La réponse pour moi est oui, un oui définitif. J’ai eu des échanges très chauds là-dessus avec ma famille, des amis, infirmiers ou étudiants. Les mots qui ressortent souvent c’est « et s’il avait fait ça à quelqu’un de ta famille? ».  Je suis de ceux qui pensent que la justice a fait son rôle et condamné ces personnes. De plus, l’UHSA repose sur un postulat très clair: La justice et les soignants exercent dans des domaines différents et ne doivent jamais interférer. A ce titre, un patient qui a violé ou tué reste pour moi un patient. Je lui dois la même qualité de prise en soin qu’à n’importe qui. Mais la question est intéressante. Je ne fais pas d’angélisme, bien entendu que je suis bousculé par certaines histoires de vie des patients, et quand ça m’est insupportable, je fais comme tout le monde, je passe le relai. Mais je n’ai pas eu besoin de le faire pendant ce stage. Je pense que l’important est de garder cette soupape de sécurité à l’esprit en se disant qu’on peut passer la main.

Le danger?

Il y a des risques quand on est dans ce type de structure bien entendu, comme partout. Pour ma part je ne pense pas que j’encourais plus de risques que dans n’importe quelle autre service de psychiatrie. Certains soignants sont attaqués, ça fait partie du métier.
je ne vous cache pas qu’avant d’y aller, j’ai repris le sport intensément et que j’ai révisé un peu mes arts martiaux. Mais encore une fois, c’était très exagéré. Ce qu’il faut, c’est avoir en tête les règles de sécurité: Les patients « à risque » sont connus, et la pertinence du regard soignant fait qu’on arrive à anticiper beaucoup de situations. Aussi, il est plus judicieux de se dire « dans cette situation, il y a tel ou tel danger, qu’est ce que je fais pour limiter le risque? ». Et il faut arriver à faire cette analyse en conservant une posture d’aide, d’étayage et en renvoyant une image de disponibilité. Quand j’administrais les traitements par exemple, tous les patients étaient dans leur chambre et nous passions les voir un par un. Mon chariot était toujours hors de portée du patient et mon pied bloquait toujours la porte. Je laissais toujours ma clé (reliée à ma tenue par une dragonne) sur la porte. J’étais prêt à refermer en cas de problème. Ca fait un peu « maton » cette façon de penser mais il faut bien garder les yeux face à la réalité quand on exerce auprès de patients qui peuvent être potentiellement agressifs. Cela dit, il serait faux de penser qu’il y a uniquement des gros costauds qui exercent dans cette unité, en se balladant avec un gros trousseau de clé qui fait des cliquetis en tapant contre leur jambe pendant qu’ils marchent. En effet, il y avait aussi des femmes, pas toutes expertes en kung-fu. Heureusement d’ailleurs, ça permet au patient d’avoir d’autres référents, d’autres types d’étayage. Et en réunion clinique, ce sont autant de regards différents.
Le danger, je dis qu’il est relatif. Relatif car danger pour qui? Ceux qui souffrent ne sont pas les soignants. Les risques d’être agressé existent, il faut l’accepter, tout en le minimisant.

Conclusion:

Vous l’avez compris, j’ai adoré ce stage, j’ai adoré l’équipe qui me l’a bien rendu. Si l’occasion se présentait d’y exercer, j’y réfléchirai sérieusement. je conserve cependant quelques réserves. Je suis quelqu’un de fermement opposé aux principes de la loi Bachelot, qui vise à supprimer la médecine de proximité au profil de grands pôles. Or, il se trouve que l’UHSA est de la psychiatrie légale et rentre en plein dans ce système de la loi Bachelot. Quel est le problème? C’est qu’il y a un risque que la psychiatrie devienne un outil au service du pouvoir, et que ce dernier vienne fourrer son nez dans des affaires qui concernent le patient et son psychiatre. Si l’objectif est réellement de combler une demande de soin émanant des personnes incarcérées, je marche à fond. Si l’idée est d’instrumentaliser cette psychiatrie dans le sens du vent qui souffle dans les hautes sphères politiques, je dis non. Je dis non parce qu’au moindre virage plus ou moins sécuritaire, les moyens déployés peuvent se voir changés du tout au tout. Je pense que les soignants en général ont donc un rôle extrêmement important qui est de faire remonter en permanence les informations concernant le fonctionnement de la structure, en bien comme en mal.
En bref, vraiment, si vous aimez la psychiatrie et que vous voulez en faire dans un endroit pas commun, propice à la remise en question personnelle et professionnelle, que vous voulez rencontrer et aider des gens en grande souffrance, demandez à faire un stage en psychiatrie carcérale, ils ont besoin de gens motivés. Et vous en repartirez enchanté!


L’hématologie? Passe devant j’te suis.

J’ai effectué mon dernier stage en hématologie stérile. 10 semaines. Et 10 semaines c’est long quand on aime pas.

Car oui, j’ai détesté cette spécialité. Au programme: Des voies centrales, des rampes, des pansements, des transfusions,  une pharmacologie assez spécifique et un circuit d’hygiène très strict. Je ne suis pas un infirmier dit « technicien ». Or, cette technique est très envahissante. On a tendance à rester bloqué dessus et il faut beaucoup de temps dans ce genre de service pour prendre du recul par rapport à cette technique. Comme beaucoup de monde, je suis resté bloqué dessus. Ceci m’a empêché de rentrer pleinement dans le stage. Ceci avec un projet d’encadrement assez toxique dans le service: Cadre très exigeante et psychorigide, équipe effrayée par cette cadre, deux tutrices, une qui s’en fout royalement, l’autre qui est plus jeune que moi.

Je vais vous présenter un peu comment fonctionne ce service et ensuite je parlerai de mon ressenti.

Plan fait en 2 minutes:

plan hémato

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est ce qu’une journée type en hématologie?

7h: Fin de la relève et préparation des bilans, vérification des piluliers, constantes et administration d’éventuelles thérapeutiques de 8h (rare, un antibio ou un antalgique généralement). Chaque IDE a entre 3 et 5 patients à charge. On fait un premier bilan de la journée: douleurs, nausées, élimination urinaire et fécale, signes cliniques divers. On prélève sur les voies centrales ou bien en périphérique, selon l’examen pratiqué. On prélève des anticorps irréguliers pour les patients qui sont en dessous de 70g/l d’hémoglobine, au cas où le médecin décide de le « péjéhériser » (donner du PGR, des globules rouges quoi), ça évite de le reprélever.
8h30: Relève au médecin et petite pause (généralement on prend un petit déj)
9h: Les patients sont envoyés à la douche, tout le linge utilisé doit être stérile (on leur donne le linge en ouvrant les paquets comme au bloc). Lits à blanc (tous les jours). Les ASD font les chambres en commençant par les « prioritaires »: Ceux qui ont des pansements.
10h: Divers soins, notamment pansements, changements de 6 mètres (c’est une tubulure de 6 mètres qui permet au patient d’évoluer librement dans sa chambre et sa salle de bain sans avoir à se trainer toute la colonne avec les perfs et les pousse-meringues.
12h: Tour de midi: On change les tubulures de pousse-meringue 2x/semaine sinon on change les autres tubulures à ce moment là. Constantes prises également.
Jusqu’à 14h: On envoie les bons de ceux qui seront transfusés, on prépare les hydratations de 16h si les médecins les ont prescrites, sinon, pause déjeuner.
16h: Préparation/pose des hydratations et des traitements de 16h, puis on refait le tour. Dans l’aprem, il y a souvent des transfusions et des chimios à poser.
18h: Tour et traitements
19h: fin de journée pour l’IDE de jour.
20h: Tour
Minuit: Tour
4h: Tour

Etc (c’est du classique).

Mais en gros ça ressemble à quoi le service? Et les patients alors?

Regarde le plan. Tu lis l’article ou tu le feuillette en bon consommateur que tu es?
Chaque chambre se présente de la même façon: Un sas pour s’habiller avec un guéridon à l’intérieur (qui reste propre et qu’on peut rentrer en chambre pour s’en servir comme chariot de soin). Dans la chambre: Un flux laminaire au dessus du lit permet à l’air d’être tout le temps aspiré, ainsi, aucune poussière ne retombe sur le patient. Parce que la poussière c’est pas bien. Après le reste c’est du classique: Une colonne avec des pousse-meringues, une salle de bain avec douche et lavabo (avec filtres). Une commode, une table de nuit, une table, 1 chaise et un fauteuil. Pourquoi la poussière c’est dangereux? Parce que la majorité des patients de ce service ont moins de 1000 leuco/mm3 et presque aucun neutrophiles. Traduction: Le moindre champignon, la moindre bactérie qui passe par là, c’est open bar pour l’infection. L’aspergillus par exemple est le pire ennemi des patients. Cet adorable champignon est partout: Poussière, cartons, papier, bois, vêtements… Un organisme sain lui met la misère normalement, mais là, bah y’a personne pour le virer. Et il adore se loger dans les voies respiratoires.

aspergillose

Une magnifique aspergillose pulmonaire. CA donne envie de prendre son petit panier et d’aller aux champignons.

C’était juste un exemple, les bactéries et les champignons y’en a partout. Aussi, rien ne rentre dans la chambre sans être désinfecté. Aucun carton autorisé dans le service, les papiers, photos… doivent être plastifiés. L’alimentation est étroitement surveillée, tous les aliments sont cuits à 200°c pendant un certain temps afin d’éliminer toutes les bactéries. Les aliments allergènes, difficiles à digérer, ou représentant un risque bactérien ou fongique sont interdits. Le service essaye de tenir compte des préférences culinaires des patients. Mais bon, celui qui kiffe les sushis, les pizzas aux fruits de mer et le roquefort, il est mal barré.

Bah oui, mais non, interdit, donne moi ça que je t’en débarrasse.

Le parcours type d’un patient:

Mr GCCF (Gros Con de Contribuable Français) est heureux sauf qu’il traine une une grippe depuis 2 mois qui ne passe pas, une asthénie, une légère tachycardie avec purpura pétéchial (points rouges sur la peau, ce sont des micro-hémorragies). Une NFP de ville laisse apparaitre une pancytopénie et une thrombopénie. Le médecin traitant envoie Mr GCCF chez l’hématologue pour un myélogramme. Ticket gagnant: Infiltration blastique (des cellules du sang bloqués à un stade précoce de différenciation, en gros elles servent à rien et prennent la place d’éléments du sang, qui sont en nombre insuffisants, ce qui provoque une anémie, par manque d’hémoglobine, une leucopénie, par manque de globules blancs, une thrombopénie, par manque de plaquettes.

Sans titre

A gauche: Une quantité de sang normale. Avec les éléments en quantité suffisante: Érythrocytes, leucocytes, plaquettes et compagnie. A droite: Quantité de sang malade, avec présence de blastes (en violet). Ces blastes prennent la place d’éléments du sang et perturbent la fonction hématologique.

Après avoir expliqué au patient qu’il a une LAM2 hyperleucocytaire avec infiltration blastique à hauteur de 80% accompagnée de signes méningo-encéphalo pouet pouet trompette et mon cul sur la commode, on l’envoie en hématologie. Donc Mr GCCF arrive avec sa valise dans le service, il passe sa radio pulmonaire, on lui pique 58 tubes de sang, 22 paires d’hémocultures, on lui montre sa cellule où il va rester entre 4 et 6 semaines selon son protocole. Ensuite, ça dépend du protocole. Conditionnement greffe, ou chimio.

Mais pourquoi t’aimes pas ça? C’est cool de s’habiller en sarrau stérile avec le masque et tout.

Alors déjà tais-toi tu ne sais pas de quoi tu parles. Il faisait 30° tous les jours pendant le stage, et par un temps pareil je suis motivé de faire plein de choses mais surtout pas de transpirer dans un masque tout en portant un sarrau propre, oui parce que le sarrau stérile on le met uniquement pour les soins stériles, sérieux t’es bête ou tu le fais exprès?! Pas de panique c’était de l’acting, je vous refaisais la méthode d’encadrement du service. Efficace hein?
Ça m’a amusé 10 minutes les sarraus et les masques. Mais ce n’est pas ce qui m’a vraiment dégouté. Moi qui pensais avoir beaucoup de recul, je me suis en fait senti en difficulté par rapport à la pathologie hémato. Comme tous les développements tumoraux, c’est long, on n’est jamais vraiment sûr que ça s’arrête et les patients qui font un seul séjour dans le service c’est rare. Sachant qu’un séjour en hématologie stérile: C’est être tout le temps fatigué, recevoir des chimios, passer des examens, entendre des « bip bip » toute la journée quand les PSE ou les perfs sont terminées, recevoir des soins tout le temps, ne jamais faire de nuits complètes, recevoir seulement 2 visites par jours et une seule personne à la fois. Les visiteurs sont habillés comme les IDE: Sarraus, masques et gants, pas de contacts physiques autorisés. Ce qui est une aberration puisque puisque nous les touchons sans gants. Bon, certes le moins possible et on se frictionne avant, mais c’est un peu hypocrite.
L’empathie c’est bien, mais quand ça vous attaque trop, ça vous inhibe profondément.

Conclusion:

Bilan mitigé. Mes difficultés y apparaissent, mais mes points forts aussi. Les gestes techniques importants sont validés ainsi que le stage en lui-même. Mais c’est trop difficile pour moi, je n’aime pas la technique. Si vous aimez la patho, la technique, l’hématologie est sans doute pour vous. En ce qui me concerne, ça ira, j’ai fait mon temps.
Encore une fois, c’est MON regard sur la question, je respecte à 100% les personnes qui y bossent et certaines infirmières ont été super sympas avec moi malgré tout.


Pharmacologie psychiatrique

Psychostimulants et éveillants:

Effets: Euphorisants, éveillants, dopants, anorexigènes

Effets indésirables: Nervosité, crampes, agitation, insomnies, hyperactivité, céphalées, troubles psychiques (psychose, dépression), risque de dépendance et de détournement toxicomaniaque.

Amphétamine: Methylphénidate (Ritaline, Concerta) (stupéfiant), indiqué pour trouble déficitaire de l’attention, hyperactivité, pour enfant de plus de 6 ans et l’adolescent.
Olmifon et Mondiodal, indiqués pour trouble de la vigilance, de l’attention, la narcolepsie, l’insomnie.

Normothymique:

Sels de Lithium (téralithe, neurolithium): Indiqué dans la prévention et le traitement des troubles bipolaires. Traitements à marge thérapeutique étroite. Contrôle de la lithiémie 12 heures après l’introduction du traitement, puis à J4, J7, puis tous les 8 jours pendant 1 mois. Norme de la lithiémie: entre 0.6 et 0.8 mEq (jusqu’à 1.2 mEq pour certains traitements). Le surdosage peut entrainer des troubles digestifs, tremblements, asthénie, hypotonie, confusion, coma, soif, oligo anurie…
Effets indésirables: Tremblements, troubles mnésiques, baisse de la libido, troubles endocriniens (prise de poids, trouble de la thyroïdie, polyurie), troubles cutanés (acné, alopécie, psoriasis), troubles digestifs (gout métallique), trouble cardiaque.

Depakote (divalproate de sodium): Indiqué dans le traitement des épisodes maniaques chez les patients bipolaires, peut également être prescrit pour potentialiser l’effet des neuroleptiques.
Effets indésirables: Hepatite, pancréatite, sédation, confusion, tremblements, troubles digestifs transitoires, prise de poids, oedemes, aménorrhées, troubles hématologiques, troubles cutanés (parfois graves).

Antidépresseurs:

Ils sont utilisés pour traiter les idées noires, l’humeur triste, les symptômes négatifs à type d’inhibition. Ils peuvent également servir à traiter certaines douleurs neurologiques et migraines.

Stimulants et désinhibisants: IMAO, Vivalan, Survector
Mixtes: IRS (deroxat, effexor, norset, zoloft…), Stablon, Anafranyl, Floxyfral
Sédatifs: Laroxyl

Effets indésirables des antidépresseurs: Le plus dangereux est la levée de l’inhibition. Il y a un effet retard de 10 jours avant que le traitement ne lève les idées suicidaires, mais pendant ce temps, l’effet désinhibiteur est actif, ce qui peu pousser le patient à passer à l’acte. Surveillance accrue pendant 10 à 15 jours. Attention également à l’inversion trop rapide de l’humeur, au risque d’activation du délire psychotique, à la cardiotoxicité (ECG de référence à réaliser). Autrement, surveiller sécheresse buccale, dysurie, constipation, céphalées, nausées.
Contre-indication stricte pour la grossesse et l’allaitement, l’alcool. Arrêt du traitement toujours progressif (risque suicidaire).

Benzodiazépines:

Antidote = Flumazénil.

Effets myorelaxants, anticonvulsivants, hypnotiques, sédatifs, amnésiants et anxiolytique.

Valium, Lexomil, Temesta, Seresta, Xanax, urbanyl… principalement anxiolytiques.
Mogadon, Nuctalon, Rohypnol, Halcian, Noctamide principalement hypnotiques.

Attention au surdosage et association avec alcool.

Effets indésirables: Somnolence, confusion, amnésies lacunaires, chutes, dépendance (très importante), syndrome de sevrage (surveiller apparition d’agressivité et de zoopsychies).

Neuroleptiques:

C’est une classe de médicaments larges. Ils ont pour but de traiter les troubles appartenant à la sphère psychotique, principalement par diminution de la transmission dopaminergique. Leurs nombreux effets indésirables s’expliquent par leur action involontaire sur d’autres neurotransmetteurs (histamine, sérotonine, acétylcholine, adrénaline). Le principal risque lié à l’utilisation des neuroleptiques est le syndrome malin des neuroleptiques. Il est nécessaire de surveiller l’état clinique du patient et de surveiller ses constantes.

Neuroleptiques sédatifs:

NOZINAN: Grande toxicité cardiaque, ECG de référence obligatoire.
LARGACTIL
TERCIAN
THERALENE
CLOPIXOL

Neuroleptiques atypiques: Classe de neuroleptiques récents, qui combinent plusieurs actions.

RISPERDAL: Neuroleptique polyvalent, grande couverture, effets secondaires moins.
ABILIFY: Forte action désinhibitrice.
ZYPREXA: Effets secondaires sur l’augmentation de l’appétence particulièrement présents lors de l’utilisation de ce neuroleptique.
LOXAPAC: Traitement de court terme. Traitement à fort effet « cassant ».

Neuroleptiques majeurs:

HALDOL: Rarement prescrit chez les jeunes patients, comporte d’importants effets secondaires. « Casse » bien le délire cependant.
PIPORTIL
FLUANXOL

Neuroleptiques désinhibiteurs:

SOLIAN (à faible dose)
DOGMATIL

 


Fiche technique; Aiguille de Hubert

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C’est mon partiel du moment, autant vous faire partager ma fiche sur le TP de PAC. C’est en rapport avec les critères et la configuration du matériel de mon IFSI, ça n’a rien d’officiel et ce n’est pas forcément transposable à 100% sur les lieux de stage.

Phase 1:

Le patient est prévenu du soin 1 heure avant, d’accord pour le faire. On lui propose une anesthésie selon protocole du service (patch EMLA…). L’idéal c’est de le faire après les soins d’hygiène (donc sur peau propre).

Phase 2:

On se lave les mains, on désinfecte le chariot, SHA et on prend le matériel:

  • Une boite OPCT
  • Désinfectant de surface
  • 2 sacs poubelless (DASRI et DAOM) qu’on accroche au chariot (côté droit pour éviter de tourner le dos au patient).
  • Des gants  polyvinyle
  • Des gants nitriles (pour retirer l’autre PAC)
  • Une chiffonette
  • SHA
  • Povydone iodée rouge
  • Povydone iodée jaune
  • EPPI (2ème temps)
  • Chlorexidine
  • NACL (purge) (au moins 12 cc)
  • Set à pansement
  • Stylo
  • Champ troué
  • Opsite type TEGADERM
  • 1 bouchon
  • Prolongateur avec robinet 3 voies
  • Aiguille de Hubert
  • Seringue 20cc (si possible Luerlock)
  • Steristrips
  • Gants stériles
  • 2 masques
  • 2 charlottes (si patient chevelu, sinon une)
  • Du sparadrap

Phase 3:

On va chez le patient, on met la présence, on fait sortir les visiteurs, on ferme la porte et la fenêtre. On installe le patient: Masque, charlotte si besoin, lit à bonne hauteur, enlever l’oreiller.
On enlève l’ancien PAC (selon protocole) avec gants en nitrile. On jette dans OPCT puis on change de gants (polyvinyle) après un SHA.
On désinfecte l’adaptable, puis on enlève les gants et SHA.

Prendre le set à pansements, le peler, le poser (attention partie stérile), saisir le champ, le disposer sur l’adaptable. Saisir pince bleue et disposer les éléments du champ (sinon, les renverser, mais dangereux). Préparer les temps de beta. Prendre une compresse, verser de la chlorex, désinfecter l’EPPI puis préparer le rinçage avec. Toujours avec compresse chlorex, désinfecter NACL et verser dans la cupule (le set à pansement vide disposé à côté du champ). Peler champ stérile et rabattre, de manière à pouvoir le saisir en stérile. Peler également les gants stériles.
Avec pince bleue, faire les 3 premiers temps, évacuer ensuite la pince bleue. Ensuite, peler (sans être au dessus du champ) le reste du matériel et le verser sur le champ: l’opsite, les strips, la seringue, le bouchon, le prolongateur, l’aiguille de Hubert.

SHA puis enfiler les gants stériles. Prélever NaCL avec seringue en purgeant correctement. Adapter ensuite prolongateur et aiguille de Hubert. Purger bouchon (en dévissant un peu), puis la tubulure et l’aiguille. Avec pince verte (toujours stérile), effectuer le dernier temps de beta sans toucher le patient, évacuer tampon, remettre pince sur champ stérile. Préparer ses stéristrip (les plier de manière à pouvoir les saisir facilement).
Prendre le champ troué et le coller sur le patient. Poser dessus les strips, le montage et les compresses du champ. En plier une en 4. Destériliser une main pour tenir la chambre et piquer avec l’autre en stérile.
Faire un reflux, puis rincer en 3 pulses, fermer ensuite en pression positive. Poser le bouchon. A l’aide de la pince, glisser la compresse pliée en 4 sous les aillettes, sans toucher l’aiguille ni cacher le point de ponction. Saisir les strips en main stérile, avec la pince verte, les récupérer un par un puis les coller en étoile, en appuyant à l’extérieur avec la pince, et au centre avec un doigt stérile. Replier le champ, poser l’opsite bien occlusif et écrire la date dessus. Faire une boucle de sécurité puis fixer avec du sparadrap.

Évacuer les déchets, désinfecter l’adaptable, évacuer la pince verte en OPCT

Phase 4:

réinstaller le patient et transmettre le soin: Reflux, état cutané, douleur, réaction du patient et type d’aiguille posé.


3ème année!!!!!

Bonjour à tous, nombreux (ou pas) lecteurs assidus et passionnés.

Mon inactivité de ces derniers temps s’explique par une photo.

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« Get up! » « Get up again! » « Come on move! » « Get down! » « Get up again! » « Work it, do it overtime! »
C’est un peu mon son du moment. « Lève-toi, allez! Plus vite, faut y aller, on s’en fout si t’as révisé jusqu’à 2h cette nuit! »

 

Mes réflexions de deuxième année sont bien loin maintenant. Il faut simplement foncer. Mes derniers partiels arrivent à grand pas, et voilà 4 mois que j’ai la tête dans le guidon sans possibilité de la relever. Les formateurs nous font encore moins de cadeaux qu’auparavant, futurs professionnels et blablabla.
Mais il n’est absolument pas question de relâcher maintenant, il reste 5 mois à tenir avant ce fameux DE qui m’a coûté si cher (moralement comme financièrement).

Je suis passé pour vous indiquer la voie que je souhaite donner à ce blog par la suite. Je n’ai pas été très fructueux dans mon intention de départ, à savoir faire partager le quotidien d’un étudiant infirmier. J’essaierai d’en faire une plate-forme où je partagerai des fiches de révision, des fiches techniques… Je continuerai à donner mes opinions sur tout et n’importe quoi bien entendu.

Je me sens relativement bien malgré un rythme assez soutenu: Je vais toujours au sport même si j’aimerais y aller encore plus. Mon prochain stage se fera chez les pompiers au SDIS, j’en suis ravi. Mon stage préprofessionnel devrait se dérouler en cancérologie, j’espère que mon souhait sera écouté.

Des bisous et à très bientôt pour des articles un peu plus fournis, promis!


Remplacements aide-soignant bonjour!

Voici quelques temps que je remplace une AS en arrêt maladie dans une USLD (des vieux qui ont besoin de soins).

Des culs à torcher torcher, des couches à changer, des lits à faire, des becquées à donner, bienvenue en stage de femme au foyer gériatrie.
Mon dernier stage était en bloc et en soins intensifs, autant dire qu’on a changé de crèmerie les copains.

Je suis en 12h 3 jours d’affilée avec 2 jours de repos donc je termine un peu sur les rotules.

Planning type:

  • 5h: Je me réveille la gueule enfarinée, je mets une musique à faire craquer les plâtres, je mets en route la bouilloire et je file sous la douche pour me réveiller
  • 5h05: (ma douche déconne, j’ai pas longtemps d’eau chaude, donc je speede) je me rase, je m’habille en vitesse et je me sers un bon thé avec des protéines quand j’en ai. Je prépare mon sac et je mange (j’aime pas quand c’est trop chaud). Je consacre ensuite le reste du temps à glander. Généralement je m’écoute encore un peu de musique dans le canapé en finissant mon thé.
  • 7h: Je prends mon service (mais il est trop con il se lève bien trop tôt. Je sais mais j’aime prendre mon temps le matin et j’aime arriver 30 minutes en avance). Je prépare les petits déjs avec ma collègue (vu que je connais pas les patients par coeur, généralement je prépare les blédines (bouillie immonde sucrée), je prépare les tartines pour 25 patients, j’ai l’impression de travailler dans un hôtel. Ensuite on installe les patients pour le petit déj, on les sert et on fait manger ceux qui ne peuvent pas bouffer tout seuls. On aide ensuite à débarrasser et on prépare nos secteurs pour les toilettes. Si t’as le secteur cool, c’est bien, sinon tu vas en chier des ronds de chapeau.
  • 9h: On sort les chariots de propre et de sale, on attaque les toilettes. Je commence toujours par les plus légers et je finis par les plus lourds, comme ça je suis sûr de speeder. J’ai 3h pour laver, torcher, changer, habiller et enmener en salle à manger 6 patients.
  • 12h: Je m’installe en salle à manger et je fais manger les patients les plus dépendants, trois en général, des fois plus, ça dépend. Il faut arriver à leur faire ouvrir le bec, les stimuler au maximum, un patient qui ne mange pas c’est toujours une défaite, à nous de nous débrouiller.
  • 13h: On recouche certains patients qui ne tiennent pas bien au fauteuil et sont mieux dans leur lit, et plus en sécurité.
  • 14h: Pause jusqu’à 15h. Généralement je ne mange pas ou je grignotte juste un peu. Pas faim. Je sors fumer une cigarette puis je vais dans notre salle de pause, où se trouvent des matelas par terre, je m’écroule sur l’un deux, sur le côté gauche (on dort physiologiquement mieux du côté gauche, meilleur retour veineux), je règle mon téléphone, j’enfouis mes bras sous l’oreiller et je dors 30 minutes. Généralement les collègues discutent pas loin à voix douce et loin de m’importuner, ça me berce, ces voix féminines, qui chuchotent. Je me réveille prêt à tout casser, remis d’aplomb, une petite danse des épaules pour amuser les collègues et c’est parti.
  • 15h: On sert le goûter, c’est cool, sauf que je ne me rappelle jamais qui mange quoi et que je m’en tape, je sers, je leur colle le canard au bec et je les hydrate au max.
  • 16h: Relève. Généralement on papote pour pas grand chose, c’est rare en long séjour qu’il y ait quelque chose à dire. A moins d’avoir une fin de vie qui arrive et qu’on décide collégialement ce qu’on fait, on fait les point sur les personnes ressources, les attitudes à adopter, la stimulation pour la toilette, la bouffe etc… De toutes manières une transmission n’est faite que pour évoquer des problèmes. S’il n’y en a pas, on bavasse, on déconne, une relève rondement menée quoi.
  • 16h30: On change tous les résidents sans exception. Généralement on passe juste un peu d’eau fraiche, on nettoie ce qui se voit, on change, on met en pyjama et au lit pour la plupart.
  • 18h: Repas. On a préparé les chariots entretemps, on installe les patients, on sert, on fait bouffer, et on remballe.
  • 19h: Tour des premiers couchers, on baisse les stores, une verveine, un suppo et au lit.
  • 19h30: L’ASD de nuit est arrivée, une relève rapide et on dégage.

Total: 12h.

Mon ressenti:

Mon premier jour a été horrible et je me demandais comment j’allais pouvoir tenir un rythme pareil dans un boulot aussi exigeant physiquement. Mais je suis revenu, et dès le deuxième jour, un autre homme. Je me suis sorti les doigts, les collègues ont respecté ma pugnacité. Ils m’ont dit que pas mal de remplaçants arrêtaient après un jour ou deux, et que ceux qui restaient étaient rarement de mon profil, c’était plus généralement des gens expérimentés. Faut dire que j’ai assez peu faits de remplacements. Je suis fier d’être resté, et une fois qu’on connait, on s’y fait. Et mes collègues sont vraiment adorables avec moi. Ce que je ne connais pas bien, elles m’expliquent, ou me réexpliquent. J’apprécie leur gentillesse et j’essaie de leur rendre le mieux possible, en faisant au passage le meilleur boulot possible. La chef est une plaie. Comme beaucoup de chefs, elle s’imagine que passer par derrière et critiquer les approximations ou les petites erreurs fait d’elle quelqu’un d’efficace. C’est faux, ça donne l’image de quelqu’un qui « fouine », ça n’inspire pas le respect. Elle ouvre donc nos lits pour voir s’ils sont bien faits, critique notre façon d’habiller les patients (arguant que leurs vêtements sont tâchés, ce qui n’est absolument pas de notre ressort, leurs vêtements sont moches on s’en fout, on les habille). Elle nous fait la chasse pour guetter nos pauses clopes, nos pauses SMS, vide les frigos du personnel des restes de nourriture des patients. Tout ça pour « optimiser » (en réalité, baisser au minimum ses dotations pour être bien vue de la direction). Quand on est en 12h sur 2 ou 3 jours, donc plus souvent au boulot qu’à la maison, on aime bien pouvoir manger un peu, mais non, ça coûte des ronds. Les chariots de soin, de repas, ne sont pas adaptés, trop petits…

La bonne volonté des professionnels n’y changera rien, les moyens ne permettent pas d’appliquer les soins comme on les apprend à l’école. Moins de 30 minutes par patient pour tout faire, on a pas le temps. Si au nettoyage, le change, l’habillage, le lever et l’installation en salle à manger, la réfection de lit, la désinfection de l’environnement, il faut rajouter la prévention d’escarres, les soins de bouche… C’est à dire tout ce qu’on fait dans « les bonnes pratiques, on arrive à près de 45 minutes par patient (et en allant vite!). Je veux bien faire des toilettes nickel et des lits à blanc tous les jours et je sais le faire, mais je ne peux pas, sinon je me mets en retard, je mets mes collègues en retard, et pas pour la pause comme disent les mauvaises langues, mais pour la suite du travail. C’est bien simple, en 12h, on se pose 1h après le déjeuner, et vers 18h45 quand les couchers sont finis.
Dans tout ça, il n’y a pas de place pour l’écoute, le dialogue avec les aidants. Ils nous croisent et nous disent bonjour alors qu’on est entre deux soins, ne nous voient jamais nous arrêter (sauf pour la relève de l’après midi avec la cadre, ou on a jamais rien à dire, sinon qu’il faut se dépêcher, parce qu’on est en retard pour nos changes). On passe donc pour des gens froids, inaccessibles, car toujours occupés. Les patients sont logés à la même enseigne. On se démène pour eux, mais individuellement, comment peuvent-ils vivre ces soins exécutés rapidement, sèchement? Je suppose qu’ils comprennent notre empressement. Pour ceux qui ne comprennent pas, il faudrait convaincre les cadres sup de nous laisser marquer « j’ai pas le temps » sur nos blouses. Cette nourriture mixée, à laquelle on mélange un yaourt et une compote et qu’on leur enfourne dans le bec en 2 minutes en leur violant carrément la bouche avant de les noyer avec une grosse cuillère d’eau gélifée, ça m’a gonflé. Comme ça me gonfle de devoir mal rincer du savon, de machiner ces corps douloureux, de lutter contre la rigidité des vieille articulations pour les lever de force. Tout ça pour quoi? Je n’ai pas eu l’impression de soigner, j’ai eu l’impression de torcher, de gaver, de laver de vieilles personnes. Non vraiment, la gériatrie j’aime pas ça.