L’abécédaire de l’ESI.

Il est indispensable d’appréhender le monde dans lequel je vis pour comprendre d’ou vient ce cynisme et cette tendance à rendre dérisoire la pire des galères. Parce que le meilleur anti-dépresseur, c’est l’humour, voici l’abécédaire de l’Etudiant en Soins Infirmier par moi-même. A noter que cette section sera mise à jour régulièrement.

A:

Abruti: Terme fréquemment employé pour définir l’étudiant qui a le culot de ne pas savoir effectuer le plus élémentaire des gestes en soins infirmiers, comme une injection sur chambre implantable, une ablation de redon ou encore un quadruple pontage coronarien en utilisant seulement la main non-directrice. Voir « Elementaire ».

Anesthésie: Méthode fréquemment utilisée par les intervenants et les formateurs en soins infirmiers pour torturer les étudiants. Les modules principalement utilisés sont les sciences humaines et sociales, l’anthropologie ou encore la psychologie.

Aide soignante: Terme vernaculaire désignant plusieurs espèces animales. On l’appelle parfois la « ramasscac », la « torcheuse » ou encore « Conchita ». On peut citer entre autres l’AS sympa: Marrante et ouverte, elle explique aux ESI leur boulot, les encadrent, les mettent à l’aise et les protègent aussi. Les ESI aiment les AS sympa, se promettent de toujours les respecter et sont contents de pouvoir compter sur elles une fois diplômés. L’AS pute: Aigrie de ne pas pouvoir être médecin ou infirmière, elle ne rêve que de balancer des saloperies sur ses collègues soignants et les étudiants. Ces derniers sont sa proie favorite car soucieux d’obtenir leur stage, ils ne peuvent pas se défendre. Heureusement pour les étudiants, c’est un ennemi facile à contrer en étant irréprochable et parfaitement calme. Sa médiocrité est contagieuse et conduit généralement à un déclin de son service en terme de qualité des soins.

B:

Bavardages: Pandémie affectant les salles de cours du supérieur.

C:

Chaise: Objet fantasmé par l’infirmier. Il représente le fruit défendu, hors de portée. S’asseoir sur une chaise n’est permis que 2 minutes par jour pour effectuer ses transmissions.

D:

Dos: Partie du corps constamment en sursis chez tout professionnel du paramédical.

E:

Etudiant: Étymologiquement, branleur, incompétent. L’Etudiant en Soins Infirmiers ou ESI, est un étudiant qui n’a pas les mêmes droits que les autres étudiants. Les bourses et les logements du CROUS lui sont formellement interdits. L’ESI rêve de devenir infirmier et pour cela, il doit passer par un rite d’initiation de 3 ans qui comprend entre autres, tests de résistance au sommeil, flagellations, humiliations ritualisées, bras de fer administratifs, travaux inutiles à rendre et enfin tests régulier de tolérance à l’alcool.

F:

Funambulisme: Qualité nécessaire à l’ESI pour espérer valider tous ses stages et ne pas créer de remous à son école. Il doit donc être copain avec les infirmières, les aide-soignantes et les formateurs, ce qui implique une bonne dose d’hypocrisie et de faux-semblants. C’est un équilibre précaire.

G:

Gonadophobie: C’est la crainte pour une infirmière de voir un stagiaire infirmier masculin. En effet, la guerre des sexes oblige cette infirmière à voir dans cet étudiant un opposant. Pour la lutte avec les sœurs, elle doit absolument fermer son clapet et humilier cet être aux organes sexuels qui pendouillent, marque de l’infamie de cette race de persécuteurs misogynes.

H:

Hérisson: petit animal souvent présent dans la poche des responsables administratifs et les cadres de la fonction hospitalière. Quand vous trouvez que ça manque de matériel pour pratiquer des soins de qualité, c’est à ce petit animal que vous le devez.

I:

Infirmier: Malade mental qui a décidé de vendre sa force de travail moins cher que des passes à Mogadiscio (oui je sais elle est dure celle-là).

M:

MSP: Méthode de torture fréquemment utilisée contre les étudiants aide-soignants. Elle était également utilisée contre les étudiants infirmiers jusqu’en 2009. Barbare, cruelle et subtile, elle consiste, en humiliant et en démoralisant un étudiant, à le réduire à l’état de zombie, servile et soumis. Les bourreaux persistent cependant à défendre cette pratique en la qualifiant de « méthode pédagogique efficace ». L’ONU refuse toujours à ce jour de condamner ces actes atroces.

V:

Violon: instrument de musique pas trop encombrant présentant comme avantage d’avoir un petit logement sous les cordes. L’étudiant infirmier peut ainsi pisser dedans quand il demande à son infirmier tuteur s’il peut lui faire son bilan de stage aujourd’hui, ou bien à sa cadre s’il peut changer d’horaire tel ou tel jour parce qu’il a un RDV important.

W:

Walter Hesbeen: Théoricien en soin infirmiers, vous allez entendre parler de lui, pour sûr. Va te faire foutre Walter, tu m’auras gonflé pendant ces 3 ans.

X:

Xarelto: Anticoagulant. Oui ben c’est pas facile de trouver un mot en X.

Z:

Zizanie: Terme pertinent servant notamment à décrire l’ambiance des fins de stage, quand on retourne à l’IFSI et que les soirées vont recommencer.

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Analyse de pratique, tartufferies et mensonges à gogo.

Sous ce titre, qui pourrait être celui d’un album de Gaston Lagaffe, petit coup de gueule sur cet exercice débile -il faut le dire- qui s’appelle l’analyse de pratique.

Alors l’analyse de pratique pour les nuls, on y va.

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Déjà le nom fait débat, certains disent « analyse de LA pratique » d’autres « analyse de pratique ». J’ai envie d’étrangler les partisans de la première formule mais mon jugement est peut-être biaisé par le fait qu’une ex que je ne peux plus encadrer disait cela. Pour ma part je considère qu’on analyse UNE pratique et c’est un peu insolent de prétendre qu’analyser SA pratique est analyse LA pratique en tant que telle. Comme si celle que t’analysais était la seule qui existe… Enfin bref, l’analyse de pratique donc.

Le but de cette… connerie, est de nous faire réfléchir sur une situation vécue et de formuler des questionnements. Mais attention, il faut rester FACTUEL. Donc il ne faut pas faire de conjecture ni d’interprétation. Forcément, je vous vois venir tout de suite: « Mais comment on peut analyser sans interpréter des éléments? Si on ne fait que rester factuel, on est dans la description, pas l’analyse ». Et là, je vous réponds fermez-là, vous êtes nuls. Vous comprenez pas que c’est ça la veille professionnelle et la recherche?

On commence à toucher du doigt l’absurdité de ces ADP. Ainsi, une situation qui vous interroge, par exemple « A, l’infirmier a mis une baffe à son patient ». La formatrice ne trouvera rien de mieux que de vous dire « attention aux jugements de valeur, ce n’est pas SON patient, était-ce un patient qu’il prenait en charge régulièrement? Était-il nouveau dans le service? Pourquoi considérez-vous que c’est le sien? Restez factuel enfin, UN patient, pas SON patient!!! ».
Ou encore « Mais pourquoi dites vous que c’est une baffe? Comment êtes vous sûr que ce n’était pas une gifle, une beigne, une torgnole, une marnoufle, une giroflée à 5 feuille ou encore une avoine? Restez factuel! Décrivez le geste précis de la main, s’il y a l’aller et le retour, la zone touchée, si la personne a protesté ou non, le son qu’a produit la paume quand elle a heurté la joue… Je ne sais pas moi! »

Alors, vu que vous êtes étudiant, vous la fermez et acceptez cet ersatz de critique. Continuons avec la même situation, dans votre analyse de pratique, vous avez écrit « A, l’infirmier a mis une baffe à son patient, c’est pas bien ».
Et la, la formatrice est consternée… Comment osez-vous? « C’est un professionnel de santé, vous n’avez pas à faire de jugement de valeurs enfin, vous n’êtes qu’étudiant! Vous croyez changer le monde hein, c’est ça?! Qui vous dit que ce patient ne l’avait pas mérité?! ».
Vous avez donc compris, pas de jugements de valeur enfin. Si vos infirmiers référents engueulent les patients, les frappent, les transbahutent dans tous les sens, les réveillent à 6h du matin pour leur coller un gant de toilette sur la tronche, c’est votre devoir de rester objectif.
Le littéraire raté que je suis (j’ai obtenu un bac ES, une hérésie pour moi maintenant, soit on est un homme de la caste des littéraires, soit des scientifiques, mais la caste des marchands, ça n’existe pas) éprouve donc de grandes difficulté à faire une analyse purement factuelle. Parce que si on est factuel, on décrit, la description n’est pas une analyse.

Mais oublions cet exercice minable, qui glisse sur nous comme l’eau sur les plumes d’un canard et… Hein? Oui, c’est comme ça que disent les anglais, nous on dit pisser dans un violon.
Oublions donc cette anal-yse de pratique, et essayons de voir le but de cet exercice. J’en vois trois. Les deux premiers sont pardonnables, le dernier beaucoup moins.

N°1: Quand on est cadre de santé formateur, faut le dire, on se fait chier. Il faut remplir le planning des 900h de travail personnel des étudiants. Tant qu’à faire, on aurait pu faire des puzzles, des lego, des origamis… Mais c’est tout ce qu’ils ont trouvé.

N°2: Les ESI sont des gros cons, qui ne pensent qu’à boire, fumer, rigoler et faire des courses de fauteuil roulants. Il faut donc les mettre un peu au boulot, mais vu qu’ils ont autant de talent littéraire qu’un clan de bonobos atteints de chorée de Huntington, il faut pas trop faire les difficiles, donc 2 pages d’un exercice idiot et sans utilité aucune.

N°3: Il faut bien casser les espérances des rares ESI (oh, environ 1 pour 100000) qui réfléchissent et ne leur donner comme moyen d’expression que des travaux sans intérêt et déshumanisés. C’est le meilleur moyen de leur faire refouler leurs bons sentiments et de les rendre bien serviles comme il faut pour l’administration hospitalière qui pourra en toute liberté les payer à coup de lance-pierre.

Je me rends compte après relecture que mon texte peut laisser imaginer que je considère tous mes caramades comme des abrutis et que je voudrais me situer comme supérieur à eux. Alors non, détrompez-vous, je suis un abruti aussi et je suis ravi de faire partie des bonobos.

Comme d’habitude, en conclusion, je dirai un peu plus sérieusement que je regrette que les seuls travaux qu’on nous demande de produire doivent être absolument vidés de toute substance humaine. J’aimerais qu’on nous propose de temps en temps des exutoires. Qu’on nous laisse traiter nos patients de gros cons quand ce sont des gros cons. Qu’on dise des infirmiers incompétents qu’ils sont incompétents…
Si on veut faire de l’analyse sérieuse et pertinente, la réalité est qu’un petit nombre de gens seulement sont capables d’en produire. Une masse d’ouvrières se contentera et un nombre extrêmement réduit d’esprits éclairés poseront les bases du changement par des analyses brillantes. Vouloir fixer cela dans un référentiel de compétence est illusoire et un peu crétin.

Faites comme moi: Noyez vous dans le verre d’eau, rendez des analyses puant la médiocrité, mettez des notes de bas de page assommantes de rapports que vous n’avez pas lu. Parce que le seul objectif de cette analyse de pratique, c’est de ne surtout pas avoir à la refaire!

Cette vanne a fait sensation auprès de quelques relecteurs donc je salue mes amis bonobos atteints d’Huntington. Et mes lecteurs bien sûr 😀

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