Le bloc opératoire: Viens, on est bien!

J’ai fait mon dernier stage en bloc opératoire d’urgence. Un endroit sympa pour apprendre, mais c’est un lieu un peu… particulier.

Ceci est l’affiche de voyage qu’on vous présente

Et ça c’est vous sur la table d’opération

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour autant, pas de raison de paniquer, vous êtes entre de bonnes mains! Commençons par présenter le casting.

Le chirurgien

 

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Gentlemen, the King! C’est le tronpa, quand il entre dans le bloc, tout doit être prêt.
Comme on dit chez moi, il pose ses couilles sur la table, la table ne tient pas.
Les instruments affûtés, la playlist lancée, le patient installé, la préparation cutanée
effectuée, nos frocs baissés. Il a pour mission, élection divine plutôt, de régler le problème.
Il sait. Fermez là, il sait tout on vous dit. Quiconque aurait le malheur de l’ouvrir
(sa gueule) dans son bloc risque un passage à tabac en bonne et due forme.
Faut reconnaître qu’il sait ce qu’il fait et le voir bosser c’est comme assister à une
symphonie exécutée par une seule personne au lieu que ça soit un orchestre.
Découpage, tronçonnage, perçage, couture, tous les travaux de la maison, ça le connait.
Il apprécie beaucoup les blagues de cul, l’argent, que les gens se prosternent devant lui.
En fait c’est quelqu’un de très simple une fois qu’on a compris un truc élémentaire:
Il s’en bat les couilles. Peu importe le sujet, c’est la seule réaction que ça provoquera chez lui

L’interne

1Il est gentil l’interne, il apprend, et donc forcément, il a encore un peu de respect pour les gens autour de lui. Son apprentissage de salopard n’est pas encore achevé, et il doit encore supporter les sales coups des chirurgiens. De face il leur sourit et acquiesce gentiment, mais la nuit, il les étrangle avec le câble des bipolaires. Mais ses réflexes de chir’ commencent à apparaître malgré tout.

 

 

 

 

 


Les gaziers

Le médecin anesthésiste, c’est un coup de vent, en effet, difficile de le voir la plupart du temps

Les infirmiers anesthésistes en plein boulot

 

 

 

 

 

 

Leur boulot, c’est de vous mettre un tube dans la gorge que vous évitiez de vous étouffer. Ensuite, ils s’assoient et font passer le temps, en jetant un coup d’oeil aux scopes pour vérifier que vous êtes toujours vivant. Les plus sympas vont aider à vous transbahuter sur votre lit pour vous envoyer illico presto en salle de réveil pour accueillir le prochain bovin à charcuter.

Infirmières circulantes et instrumentistes

L’instrumentiste

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L’instrumentiste doit de de son côté préparer tout le matos (et selon les opérations ça peut représenter une quinzaine de trousses à outils hein, autant dire que c’est pas du petit lego, c’est de la mécanique de précision. Elle doit également encaisser les vannes de culs des médecins, un travail à plein temps. Ah et fermer sa tronche aussi au passage. Elle a le droit de s’habiller en stérile et de faire un peu joujou avec les instruments du patron mais faudrait voir à pas trop la ramener.La circulante, c’est l’esclave, elle va chercher ce qui manque, ouvre les paquets pour le stérile, compte les compresses, gère les marchepieds, fait la paperasse, éponge les fronts sur les opérations trop longues, fait les vitres, passe la mopa… Bref, c’est Nestor.
Il faut retenir que si ça merde, c’est de leur faute. Passé ce cap, on comprend bien comment ça roule.

Et l’étudiant infirmier?

Je n’ai pas trouvé d’image illustrant suffisamment bien le propos sans que le visuel soit au mieux choquant, au pire avilissant.
Dans l’organigramme du bloc, l’étudiant est juste au dessus des poubelles jaunes. S’il est sage, souriant et soumis, il aura le droit de sonder (un tuyau dans le zizi), de faire la prépa cutanée (on vous balance on sceau de bétadine sur la peau et on vous dépile à la sauvage, en râlant si vous êtes trop poilus et que les collègues ne l’ont pas fait en service). Il aura le droit de faire un peu de paperasse (mef’ quand même, une erreur = un coup de règle sur les doigts). Il a le droit de vider les poubelles et de nettoyer aussi.
Ouvrir sa fiole par contre, c’est s’exposer à un passage de savon dans les règles, donc la sourdine est de mise

Alors, toi qui passe au bloc bientôt, rassuré? T’inquiète, on gère! Mais si t’es gros ou moche ou gros et moche, tu vas te faire casser des hectogrammes de sucre entre les deux omoplates.

Et sérieusement?

J’ai aimé mon stage au bloc mais c’est un autre monde, dans lequel je ne me reconnais pas trop. C’est très technique donc formateur, on apprend énormément de choses sur les pathologies, c’est un lieu génial pour apprendre des gestes comme la pose de KT, le sondage, la pose de SNG, la base de la base sur les anesthésiants, les procédures de gestion des risques, les circuits sale-propre-stérile, on apprend à s’adapter vite avec le turnover, les changements d’équipes…

MAIS…

La relation avec les chirurgiens pourrit souvent l’ambiance. Ce sont en effet pour la majorité des gens perclus de certitude. Je respecte infiniment leur savoir et le chemin qu’ils ont fait pour en arriver là mais rien ne justifie la façon qu’ils ont de rentrer dans la gueule des gens pour un oui ou pour un non. J’ai vu des gens se faire poudrer pour un rien et ça m’a profondément outré. Le respect du patient, aux fraises. On le benne sur la table, on le triture, on le critique, on vanne sur son physique, son état… La distance professionnelle est importante et c’est un mécanisme qu’on peut comprendre. Mais le fait est là, je ne me sentais pas à ma place. Le stage s’est bien passé, je connais le boulot, je serais capable de le faire après une formation mais je ne m’y épanouirais pas. Ça m’a rassuré sur ma capacité à assurer en technique mais sorti de ça, j’ai quelques points négatifs qui restent sur la « table ». Les IDE ont été dans l’ensemble très sympas avec moi, soucieux que je sois à l’aise, et d’autres ont été carrément adorables. Ils étaient assez décomplexés et ça m’a fait du bien de les côtoyer.

J’ai autrement plus apprécié mon passage en soins intensifs, où je suis tombé sur beaucoup de mecs, je travaillais avec des médecins, des internes, des anesth, directement en collaboration avec le jeune sénior. Les IDE m’ont confié des responsabilités, me faisaient confiance… Ça n’a duré qu’une semaine mais j’ai monstrueusement kiffé. Je suis passé en 10h avec eux au lieu de 7 parce que je ne voulais même plus rentrer chez moi, officieusement j’ai du dépasser mes horaires de 15h ou un truc du genre. Quand je vous dis que j’ai kiffé…
La prise en charge du patient est différente, dans l’instant, en temps réel en fonction des décisions des médecins, on est dans notre agir à fond la caisse, c’est ça que je voulais vivre dans le milieu du soin. Je suis ravi de cette expérience et j’espère avoir l’occasion de retourner en soins intensifs en 3ème année, histoire de fourbir mes armes et pourquoi pas y refaire un passage après le diplôme.

Au final, bon stage pour moi, j’ai vu ce qu’était le milieu, j’aurais aimé rester un peu plus longtemps pour tout voir, instrumenter au bloc, rester plus longtemps en soins intensifs, pratiquer encore plus. Mais ces 5 semaines ont été riches pour moi. Je garde le positif, les connaissances, l’expérience, et je laisse le mauvais côté du bloc. Mais plus que tout je retiens mon admiration pour les professionnels qui y bossent, m’ont formé en direct, m’ont fait confiance, me demandaient tout le temps si ça allait, valorisaient mes progrès… C’est marrant, on a le temps de rien, et pourtant j’ai jamais été si bien encadré. Par contre, on est au feu. Ce n’est pas le côté tranquille de certains services où on est pas trop bousculé. Là, y’avait du sang, des larmes, des veuves éplorées, des orphelins, des cadavres. C’est une chose qu’il faut garder en tête. J’ai pu relativiser tout ça parce que je suis dans l’objectif de m’endurcir au maximum, devenir un professionnel solide et « reliable » comme on dit en anglais. Je me calmerai probablement avec le temps, comme ces vieux vétérans qui reviennent de la guerre et se découvrent une passion pour le jardinage… Si tu es ESI et que tu vas au bloc, tiens toi prêt à garder le bon et à laisser le mauvais, et il y en aura forcément (« comme partout » je sais mais fermez-là, j’essaye de les rassurer). Et si le boulot ne te plait pas, retiens que le métier de soignant est varié, personne n’est obligé d’aimer toutes les spécialités, et la route vers l’accomplissement est une succession d’épreuves difficiles, pas de succès.

Moralité, j’aime pas le bloc mais respects aux personnels qui y bossent, on a quand même bien déconné les gars, et vous m’avez appris pleins de trucs. Mais par pitié, arrêtez de vanner les gros culs!

 

 

 

 

 

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