Remplacements aide-soignant bonjour!

Voici quelques temps que je remplace une AS en arrêt maladie dans une USLD (des vieux qui ont besoin de soins).

Des culs à torcher torcher, des couches à changer, des lits à faire, des becquées à donner, bienvenue en stage de femme au foyer gériatrie.
Mon dernier stage était en bloc et en soins intensifs, autant dire qu’on a changé de crèmerie les copains.

Je suis en 12h 3 jours d’affilée avec 2 jours de repos donc je termine un peu sur les rotules.

Planning type:

  • 5h: Je me réveille la gueule enfarinée, je mets une musique à faire craquer les plâtres, je mets en route la bouilloire et je file sous la douche pour me réveiller
  • 5h05: (ma douche déconne, j’ai pas longtemps d’eau chaude, donc je speede) je me rase, je m’habille en vitesse et je me sers un bon thé avec des protéines quand j’en ai. Je prépare mon sac et je mange (j’aime pas quand c’est trop chaud). Je consacre ensuite le reste du temps à glander. Généralement je m’écoute encore un peu de musique dans le canapé en finissant mon thé.
  • 7h: Je prends mon service (mais il est trop con il se lève bien trop tôt. Je sais mais j’aime prendre mon temps le matin et j’aime arriver 30 minutes en avance). Je prépare les petits déjs avec ma collègue (vu que je connais pas les patients par coeur, généralement je prépare les blédines (bouillie immonde sucrée), je prépare les tartines pour 25 patients, j’ai l’impression de travailler dans un hôtel. Ensuite on installe les patients pour le petit déj, on les sert et on fait manger ceux qui ne peuvent pas bouffer tout seuls. On aide ensuite à débarrasser et on prépare nos secteurs pour les toilettes. Si t’as le secteur cool, c’est bien, sinon tu vas en chier des ronds de chapeau.
  • 9h: On sort les chariots de propre et de sale, on attaque les toilettes. Je commence toujours par les plus légers et je finis par les plus lourds, comme ça je suis sûr de speeder. J’ai 3h pour laver, torcher, changer, habiller et enmener en salle à manger 6 patients.
  • 12h: Je m’installe en salle à manger et je fais manger les patients les plus dépendants, trois en général, des fois plus, ça dépend. Il faut arriver à leur faire ouvrir le bec, les stimuler au maximum, un patient qui ne mange pas c’est toujours une défaite, à nous de nous débrouiller.
  • 13h: On recouche certains patients qui ne tiennent pas bien au fauteuil et sont mieux dans leur lit, et plus en sécurité.
  • 14h: Pause jusqu’à 15h. Généralement je ne mange pas ou je grignotte juste un peu. Pas faim. Je sors fumer une cigarette puis je vais dans notre salle de pause, où se trouvent des matelas par terre, je m’écroule sur l’un deux, sur le côté gauche (on dort physiologiquement mieux du côté gauche, meilleur retour veineux), je règle mon téléphone, j’enfouis mes bras sous l’oreiller et je dors 30 minutes. Généralement les collègues discutent pas loin à voix douce et loin de m’importuner, ça me berce, ces voix féminines, qui chuchotent. Je me réveille prêt à tout casser, remis d’aplomb, une petite danse des épaules pour amuser les collègues et c’est parti.
  • 15h: On sert le goûter, c’est cool, sauf que je ne me rappelle jamais qui mange quoi et que je m’en tape, je sers, je leur colle le canard au bec et je les hydrate au max.
  • 16h: Relève. Généralement on papote pour pas grand chose, c’est rare en long séjour qu’il y ait quelque chose à dire. A moins d’avoir une fin de vie qui arrive et qu’on décide collégialement ce qu’on fait, on fait les point sur les personnes ressources, les attitudes à adopter, la stimulation pour la toilette, la bouffe etc… De toutes manières une transmission n’est faite que pour évoquer des problèmes. S’il n’y en a pas, on bavasse, on déconne, une relève rondement menée quoi.
  • 16h30: On change tous les résidents sans exception. Généralement on passe juste un peu d’eau fraiche, on nettoie ce qui se voit, on change, on met en pyjama et au lit pour la plupart.
  • 18h: Repas. On a préparé les chariots entretemps, on installe les patients, on sert, on fait bouffer, et on remballe.
  • 19h: Tour des premiers couchers, on baisse les stores, une verveine, un suppo et au lit.
  • 19h30: L’ASD de nuit est arrivée, une relève rapide et on dégage.

Total: 12h.

Mon ressenti:

Mon premier jour a été horrible et je me demandais comment j’allais pouvoir tenir un rythme pareil dans un boulot aussi exigeant physiquement. Mais je suis revenu, et dès le deuxième jour, un autre homme. Je me suis sorti les doigts, les collègues ont respecté ma pugnacité. Ils m’ont dit que pas mal de remplaçants arrêtaient après un jour ou deux, et que ceux qui restaient étaient rarement de mon profil, c’était plus généralement des gens expérimentés. Faut dire que j’ai assez peu faits de remplacements. Je suis fier d’être resté, et une fois qu’on connait, on s’y fait. Et mes collègues sont vraiment adorables avec moi. Ce que je ne connais pas bien, elles m’expliquent, ou me réexpliquent. J’apprécie leur gentillesse et j’essaie de leur rendre le mieux possible, en faisant au passage le meilleur boulot possible. La chef est une plaie. Comme beaucoup de chefs, elle s’imagine que passer par derrière et critiquer les approximations ou les petites erreurs fait d’elle quelqu’un d’efficace. C’est faux, ça donne l’image de quelqu’un qui « fouine », ça n’inspire pas le respect. Elle ouvre donc nos lits pour voir s’ils sont bien faits, critique notre façon d’habiller les patients (arguant que leurs vêtements sont tâchés, ce qui n’est absolument pas de notre ressort, leurs vêtements sont moches on s’en fout, on les habille). Elle nous fait la chasse pour guetter nos pauses clopes, nos pauses SMS, vide les frigos du personnel des restes de nourriture des patients. Tout ça pour « optimiser » (en réalité, baisser au minimum ses dotations pour être bien vue de la direction). Quand on est en 12h sur 2 ou 3 jours, donc plus souvent au boulot qu’à la maison, on aime bien pouvoir manger un peu, mais non, ça coûte des ronds. Les chariots de soin, de repas, ne sont pas adaptés, trop petits…

La bonne volonté des professionnels n’y changera rien, les moyens ne permettent pas d’appliquer les soins comme on les apprend à l’école. Moins de 30 minutes par patient pour tout faire, on a pas le temps. Si au nettoyage, le change, l’habillage, le lever et l’installation en salle à manger, la réfection de lit, la désinfection de l’environnement, il faut rajouter la prévention d’escarres, les soins de bouche… C’est à dire tout ce qu’on fait dans « les bonnes pratiques, on arrive à près de 45 minutes par patient (et en allant vite!). Je veux bien faire des toilettes nickel et des lits à blanc tous les jours et je sais le faire, mais je ne peux pas, sinon je me mets en retard, je mets mes collègues en retard, et pas pour la pause comme disent les mauvaises langues, mais pour la suite du travail. C’est bien simple, en 12h, on se pose 1h après le déjeuner, et vers 18h45 quand les couchers sont finis.
Dans tout ça, il n’y a pas de place pour l’écoute, le dialogue avec les aidants. Ils nous croisent et nous disent bonjour alors qu’on est entre deux soins, ne nous voient jamais nous arrêter (sauf pour la relève de l’après midi avec la cadre, ou on a jamais rien à dire, sinon qu’il faut se dépêcher, parce qu’on est en retard pour nos changes). On passe donc pour des gens froids, inaccessibles, car toujours occupés. Les patients sont logés à la même enseigne. On se démène pour eux, mais individuellement, comment peuvent-ils vivre ces soins exécutés rapidement, sèchement? Je suppose qu’ils comprennent notre empressement. Pour ceux qui ne comprennent pas, il faudrait convaincre les cadres sup de nous laisser marquer « j’ai pas le temps » sur nos blouses. Cette nourriture mixée, à laquelle on mélange un yaourt et une compote et qu’on leur enfourne dans le bec en 2 minutes en leur violant carrément la bouche avant de les noyer avec une grosse cuillère d’eau gélifée, ça m’a gonflé. Comme ça me gonfle de devoir mal rincer du savon, de machiner ces corps douloureux, de lutter contre la rigidité des vieille articulations pour les lever de force. Tout ça pour quoi? Je n’ai pas eu l’impression de soigner, j’ai eu l’impression de torcher, de gaver, de laver de vieilles personnes. Non vraiment, la gériatrie j’aime pas ça.

 

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One Comment on “Remplacements aide-soignant bonjour!”

  1. […] ESI on soignait:  Remplacements aide-soignant bonjour! […]


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