L’hématologie? Passe devant j’te suis.

J’ai effectué mon dernier stage en hématologie stérile. 10 semaines. Et 10 semaines c’est long quand on aime pas.

Car oui, j’ai détesté cette spécialité. Au programme: Des voies centrales, des rampes, des pansements, des transfusions,  une pharmacologie assez spécifique et un circuit d’hygiène très strict. Je ne suis pas un infirmier dit « technicien ». Or, cette technique est très envahissante. On a tendance à rester bloqué dessus et il faut beaucoup de temps dans ce genre de service pour prendre du recul par rapport à cette technique. Comme beaucoup de monde, je suis resté bloqué dessus. Ceci m’a empêché de rentrer pleinement dans le stage. Ceci avec un projet d’encadrement assez toxique dans le service: Cadre très exigeante et psychorigide, équipe effrayée par cette cadre, deux tutrices, une qui s’en fout royalement, l’autre qui est plus jeune que moi.

Je vais vous présenter un peu comment fonctionne ce service et ensuite je parlerai de mon ressenti.

Plan fait en 2 minutes:

plan hémato

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est ce qu’une journée type en hématologie?

7h: Fin de la relève et préparation des bilans, vérification des piluliers, constantes et administration d’éventuelles thérapeutiques de 8h (rare, un antibio ou un antalgique généralement). Chaque IDE a entre 3 et 5 patients à charge. On fait un premier bilan de la journée: douleurs, nausées, élimination urinaire et fécale, signes cliniques divers. On prélève sur les voies centrales ou bien en périphérique, selon l’examen pratiqué. On prélève des anticorps irréguliers pour les patients qui sont en dessous de 70g/l d’hémoglobine, au cas où le médecin décide de le « péjéhériser » (donner du PGR, des globules rouges quoi), ça évite de le reprélever.
8h30: Relève au médecin et petite pause (généralement on prend un petit déj)
9h: Les patients sont envoyés à la douche, tout le linge utilisé doit être stérile (on leur donne le linge en ouvrant les paquets comme au bloc). Lits à blanc (tous les jours). Les ASD font les chambres en commençant par les « prioritaires »: Ceux qui ont des pansements.
10h: Divers soins, notamment pansements, changements de 6 mètres (c’est une tubulure de 6 mètres qui permet au patient d’évoluer librement dans sa chambre et sa salle de bain sans avoir à se trainer toute la colonne avec les perfs et les pousse-meringues.
12h: Tour de midi: On change les tubulures de pousse-meringue 2x/semaine sinon on change les autres tubulures à ce moment là. Constantes prises également.
Jusqu’à 14h: On envoie les bons de ceux qui seront transfusés, on prépare les hydratations de 16h si les médecins les ont prescrites, sinon, pause déjeuner.
16h: Préparation/pose des hydratations et des traitements de 16h, puis on refait le tour. Dans l’aprem, il y a souvent des transfusions et des chimios à poser.
18h: Tour et traitements
19h: fin de journée pour l’IDE de jour.
20h: Tour
Minuit: Tour
4h: Tour

Etc (c’est du classique).

Mais en gros ça ressemble à quoi le service? Et les patients alors?

Regarde le plan. Tu lis l’article ou tu le feuillette en bon consommateur que tu es?
Chaque chambre se présente de la même façon: Un sas pour s’habiller avec un guéridon à l’intérieur (qui reste propre et qu’on peut rentrer en chambre pour s’en servir comme chariot de soin). Dans la chambre: Un flux laminaire au dessus du lit permet à l’air d’être tout le temps aspiré, ainsi, aucune poussière ne retombe sur le patient. Parce que la poussière c’est pas bien. Après le reste c’est du classique: Une colonne avec des pousse-meringues, une salle de bain avec douche et lavabo (avec filtres). Une commode, une table de nuit, une table, 1 chaise et un fauteuil. Pourquoi la poussière c’est dangereux? Parce que la majorité des patients de ce service ont moins de 1000 leuco/mm3 et presque aucun neutrophiles. Traduction: Le moindre champignon, la moindre bactérie qui passe par là, c’est open bar pour l’infection. L’aspergillus par exemple est le pire ennemi des patients. Cet adorable champignon est partout: Poussière, cartons, papier, bois, vêtements… Un organisme sain lui met la misère normalement, mais là, bah y’a personne pour le virer. Et il adore se loger dans les voies respiratoires.

aspergillose

Une magnifique aspergillose pulmonaire. CA donne envie de prendre son petit panier et d’aller aux champignons.

C’était juste un exemple, les bactéries et les champignons y’en a partout. Aussi, rien ne rentre dans la chambre sans être désinfecté. Aucun carton autorisé dans le service, les papiers, photos… doivent être plastifiés. L’alimentation est étroitement surveillée, tous les aliments sont cuits à 200°c pendant un certain temps afin d’éliminer toutes les bactéries. Les aliments allergènes, difficiles à digérer, ou représentant un risque bactérien ou fongique sont interdits. Le service essaye de tenir compte des préférences culinaires des patients. Mais bon, celui qui kiffe les sushis, les pizzas aux fruits de mer et le roquefort, il est mal barré.

Bah oui, mais non, interdit, donne moi ça que je t’en débarrasse.

Le parcours type d’un patient:

Mr GCCF (Gros Con de Contribuable Français) est heureux sauf qu’il traine une une grippe depuis 2 mois qui ne passe pas, une asthénie, une légère tachycardie avec purpura pétéchial (points rouges sur la peau, ce sont des micro-hémorragies). Une NFP de ville laisse apparaitre une pancytopénie et une thrombopénie. Le médecin traitant envoie Mr GCCF chez l’hématologue pour un myélogramme. Ticket gagnant: Infiltration blastique (des cellules du sang bloqués à un stade précoce de différenciation, en gros elles servent à rien et prennent la place d’éléments du sang, qui sont en nombre insuffisants, ce qui provoque une anémie, par manque d’hémoglobine, une leucopénie, par manque de globules blancs, une thrombopénie, par manque de plaquettes.

Sans titre

A gauche: Une quantité de sang normale. Avec les éléments en quantité suffisante: Érythrocytes, leucocytes, plaquettes et compagnie. A droite: Quantité de sang malade, avec présence de blastes (en violet). Ces blastes prennent la place d’éléments du sang et perturbent la fonction hématologique.

Après avoir expliqué au patient qu’il a une LAM2 hyperleucocytaire avec infiltration blastique à hauteur de 80% accompagnée de signes méningo-encéphalo pouet pouet trompette et mon cul sur la commode, on l’envoie en hématologie. Donc Mr GCCF arrive avec sa valise dans le service, il passe sa radio pulmonaire, on lui pique 58 tubes de sang, 22 paires d’hémocultures, on lui montre sa cellule où il va rester entre 4 et 6 semaines selon son protocole. Ensuite, ça dépend du protocole. Conditionnement greffe, ou chimio.

Mais pourquoi t’aimes pas ça? C’est cool de s’habiller en sarrau stérile avec le masque et tout.

Alors déjà tais-toi tu ne sais pas de quoi tu parles. Il faisait 30° tous les jours pendant le stage, et par un temps pareil je suis motivé de faire plein de choses mais surtout pas de transpirer dans un masque tout en portant un sarrau propre, oui parce que le sarrau stérile on le met uniquement pour les soins stériles, sérieux t’es bête ou tu le fais exprès?! Pas de panique c’était de l’acting, je vous refaisais la méthode d’encadrement du service. Efficace hein?
Ça m’a amusé 10 minutes les sarraus et les masques. Mais ce n’est pas ce qui m’a vraiment dégouté. Moi qui pensais avoir beaucoup de recul, je me suis en fait senti en difficulté par rapport à la pathologie hémato. Comme tous les développements tumoraux, c’est long, on n’est jamais vraiment sûr que ça s’arrête et les patients qui font un seul séjour dans le service c’est rare. Sachant qu’un séjour en hématologie stérile: C’est être tout le temps fatigué, recevoir des chimios, passer des examens, entendre des « bip bip » toute la journée quand les PSE ou les perfs sont terminées, recevoir des soins tout le temps, ne jamais faire de nuits complètes, recevoir seulement 2 visites par jours et une seule personne à la fois. Les visiteurs sont habillés comme les IDE: Sarraus, masques et gants, pas de contacts physiques autorisés. Ce qui est une aberration puisque puisque nous les touchons sans gants. Bon, certes le moins possible et on se frictionne avant, mais c’est un peu hypocrite.
L’empathie c’est bien, mais quand ça vous attaque trop, ça vous inhibe profondément.

Conclusion:

Bilan mitigé. Mes difficultés y apparaissent, mais mes points forts aussi. Les gestes techniques importants sont validés ainsi que le stage en lui-même. Mais c’est trop difficile pour moi, je n’aime pas la technique. Si vous aimez la patho, la technique, l’hématologie est sans doute pour vous. En ce qui me concerne, ça ira, j’ai fait mon temps.
Encore une fois, c’est MON regard sur la question, je respecte à 100% les personnes qui y bossent et certaines infirmières ont été super sympas avec moi malgré tout.

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